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L’automne
romanesque
: La femme et l'ours
La femme et
l’ours
parle de quelques femmes, mais
peu d’ours (même si le narrateur
n’est qu’un très lointain cousin
de la libellule ou du lapereau).
C’est un roman sur la fin des
illusions, la déconfiture, la
dégringolade, la malchance et le
cafard. (Ça donne envie, non ?)
C’est un roman sur la pesanteur,
sur tout ce qui tombe. C’est le
titre que j’avais d’abord
choisi, d’ailleurs, Tout ce
qui tombe – mais ni ma femme
ni mon éditeur n’aimaient, donc
je n’ai pas moufté, je ne suis
pas fou. (J’avais aussi pensé à
Drames, malheurs et destins
brisés, mais ça peut rebuter
les moins solides.)
L’histoire, c’est celle d’une
chute en spirale. La chute
douloureuse du narrateur au fond
du gouffre, entourée, accélérée
par des ribambelles de chutes
voisines, parallèles ou
concentriques : celle d’un
poivrot désenchanté qui n’a pas
de bol, vit dans une cave mais
tombera plus bas, celle du plus
grand joueur de poker de tous
les temps, d’une spéléologue
trop portée sur les expériences,
d’une jeune femme, au Moyen-Age,
malheureusement kidnappée par un
ours (d’où le titre), d’un petit
trapu qui ne s’est jamais remis
de son amour d’enfance, et d’une
vieille femme figée dans
l’attente de son infirmière.
(Espoir et gaieté sont bien au
rendez-vous, donc.) Et au
milieu, la chute du brave
narrateur, qui quitte femme et
enfant, qui fuit vers le bas
parce qu’il n’y a pas trente-six
issues, qui court après une
belle fille stupide à gros
seins, cheveux longs et courte
jupe, puis traverse la France en
piqué et s’écrase à Monaco dans
une flaque de sang. En morceaux.
A ce moment-là, bien sûr, c’est
sordide. Quand on est libraire,
qu’on doit se taper des
brouettes et des brouettes de
livres avant la rentrée, on se
dit qu’on n’a pas besoin de ça,
on a sa dose de misère. Mais
d’une part il fait beau, chaud,
c’est encore l’été : tout étant
une question d’équilibre, dans
la vie, on peut se permettre à
cette époque quelques écarts
sans conséquence vers le
malheur, l’échec et la mort.
D’autre part et surtout, il ne
reste pas dans sa flaque
poisseuse sur le Rocher, le
faible mais courageux narrateur.
Il remonte, reconstitué,
Phoenix, plein de vie. Drames,
malheurs et destins brisés sont
restés en bas, au fond du
gouffre. Ça fait plaisir. On
repose le livre avec tous les
autres, on va boire un verre en
terrasse et on se dit que,
finalement, tout va bien.
Ph. Jaenada
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