Quand,
à la fin du XXe siècle, Hector rencontre
Pimprenelle dans une forêt allemande, il pense
avoir trouvé l'amour absolu. Il quitte le métier
de détective, que sa compagne n'aime guère,
pour travailler à l'hebdomadaire Privé.
Racontant pour des lecteurs avides de sensationnalisme
«l'histoire d'un type qui avait violé
deux jeunes sœurs siamoises, avant de les séparer
au couteau de cuisine», Hector se souvient avec
nostalgie de ce temps pas si ancien où il était
un vrai écrivain promis à un bel avenir.
Commence alors une introspection d'autant plus douloureuse
qu'elle se double d'une terrible désillusion
à l'égard de sa femme. Géniale
excentrique, Pimprenelle se révèle être
une peste qui n'a de cesse de lui gâcher ses
jours et ses nuits. Maniaque de l'ordre, ne vivant
que pour le ménage et les conflits durables,
la fille irrésistible se transforme en jalouse
morbide, violente et égocentrique jusqu'à
l'ivresse. Étouffant sous ses coups de boutoir,
Hector se rêve en cosmonaute partant chercher
dans l'espace les étoiles du ciel qui ne brillent
plus dans son univers quotidien. L'atterrissage risque
d'être brutal !
Racontés à la première personne,
les déboires successifs d'Hector engendrent
le rire et l'effroi. Stupéfiante suite d'imbroglios
affectifs et fantastiques, cette tragi-comédie
familiale utilise tous les ressorts du thriller: coups
de théâtre, intrigue échevelée,
brutalité, Le cosmonaute est un irrésistible
roman explosif. Déjà auteur de trois
fictions déjantées, Philippe Jaenada
creuse une fois encore dans le sillon de l'autodérision
et de la tendresse rugueuse. Alors que l'on sent poindre
par endroits une sorte d'autobiographie déguisée,
cet écrivain surdoué brosse ici un portrait
de garce digne des grands films américains.
Très influencée par le cinéma,
son écriture déchire les codes habituels
du roman d'amour pour offrir un western sentimental
où un extraterrestre déguisé
en shérif nous rappelle combien, contre vents
et blessures, «l'important c'est d'aimer»
... en toutes occasions.
©
Jean Rémi Barland, Lire (11/02)