Et si tout n'était qu'histoire de
parenthèses? Philippe Jaenada,on le sait depuis
maintenant sept romans, en use et en abuse,
démultipliant les incises et les digressions,
les parenthèses entre parenthèses, comme ces
quelques jours dans la vie de son héros un rien
tocard, Serge Sabaniego, dit Bix, écrivain
suffisamment désenchanté pour claquer la porte
de l'appartement familial sur un coup de tête et
se retrouver dans le froid de l'hiver parisien,
un simple sac matelot sur l'épaule.
C'est que Bix
s'empâte. Et s'ennuie. Alors pourquoi pas une
nuit de java pour redonner un peu de piquant à
la monotonie de sa vie de quadragénaire rangé,
puis l'existence reprendra son cours. Sauf que
les verres se succèdent, tout comme les
rencontres. Une bière avec Jésus, ancien garçon
de café et ex-taulard, une autre avec Suzanne et
Orlando, patrons d'un bistrot mexicain, un
whisky (l'alternance est de règle, car "trop de
bière ballonne et trop de whisky déboussole")
avec l'improbable Milka Beauvisage, beauté brune
grande lectrice de son oeuvre... Du Métro Bar à
celui, plus sélect, du Lutetia, d'une cave
humide refuge de SDF à la studette d'un musicien
sans le sou, Bix erre. Et les jours - longue
dérive, alcoolisée mais jamais sordide - de
s'enchaîner. Le voici même dans le Vaucluse puis
dans le Var, pris dans la nasse dangereuse d'un
couple d'échangistes musclés... Ou comment
toucher le fond pour mieux rebondir!
Allez comprendre.
Rien n'est très gai dans cette histoire,
pourtant tout se lit le sourire aux lèvres.
Grâce au ton placide, ironique, amusé et
fondamentalement sympathique de l'auteur, on
s'attache à ces paumés de la nuit, lestés de
leurs illusions perdues (les nôtres?) et on
applaudit le grand numéro d'équilibriste de
Jaenada, maître de l'humour et du désespoir.