Histoires
déjantées. Humour. Portraits féroces
et tendres. Style rapide. Dialogues qui font mouche.
Philippe Jaenada possède un art consommé
de la mise en scène burlesque qui, au hasard
de situations abracadabrantes, parle avec élégance
du malaise existentiel contemporain. Le chameau sauvage,
puis Néfertiti dans un champ de canne à
sucre, ses deux premiers romans, nous avaient fait
croiser des personnages inoubliables de candeur et
de densité ubuesque.
Avec
La grande à bouche molle, cet écrivain
dynamiteur des hypocrisies sociales récidive,
et ce, pour la plus grande joie de ses nombreux aficionados.
Le narrateur de ce nouveau road-movie halluciné
porte le nom de l'auteur, Philippe Jaenada. Il n'est
cependant pas un prosateur hors norme, mais un détective
privé, complètement tocard, qui, filant
un jour un certain Jacques Persin, conducteur de métro
suspecté de tromper sa femme, se voit embarquer
dans une aventure aussi inattendue que jonchée
de cadavres.
Dans un
motel de la Drôme, la grosse et laide Fabienne
du Val d'Orvault, que Jaenada a prise en stop à
une station d'essence d'autoroute, disparaît
sans crier gare, alors qu'on retrouve le cadavre d'une
autre femme qu'on a dessoudée en la défigurant
atrocement. On a beau croiser des thons, on n'en reste
pas moins un gentleman, et notre sieur Philippe part
à la recherche de son épouvantable passagère
d'un jour. De France jusqu'en Amérique, sa
quête l'amènera à démanteler
un gang de trafiquants de cerveaux, non sans s'émouvoir
encore et toujours de la grâce volcanique de
sa compagne Anne-Catherine, qui l'attend à
Paris. C'est irrésistible et d'une virtuosité
diabolique.
©
Jean-Rémi Barland, Lire, mars 2001