Les Vacances de Mr Jaenada
Philippe
Jaenada nous délivre ses
nouvelles intrigues toujours étonnantes
avec un humour ravageur.
Bonne
nouvelle : Philippe Jaenada n’a perdu
ni son talent, ni son sac matelot, ce baluchon qu’il
trimballe de livre en livre comme un signe de son
indépendance. Depuis 2004, ses lecteurs ont
attendu de pouvoir retrouver ses intrigues toujours étonnantes
et ce ton si particulier qui sait émouvoir
aussi bien que faire rire aux larmes. Car il est
peu de romanciers pouvant manier l’humour à l’égal
de Jaenada. Un humour ravageur, invité surprise
des situations tragiques, voire ubuesques, et pourtant
bien réelles, puisque, il ne s’en cache
pas, ses écrits sont en partie inspirés
de sa propre vie.
Ce
sont ses vacances 2007 qu’il nous raconte
cette fois. La première journée d’un
séjour d’été dans les
Pouilles qui s’annonçait comme idyllique
et en quelques heures a tourné au cauchemar,
un incendie déclaré à flanc
de colline ayant contraint les résidants à descendre
sur une plage bientôt encerclée par
les flammes et la fumée. L’auteur a
quelque pitié : il prévient d’emblée
de l’issue heureuse de l’événement
et, pourtant, est-ce le vent qui empêche tout
bateau d’approcher ou l’oxygène
qui se fait rare, le suspense colle aux pages de
ce récit quasi minuté autant que l’angoisse
au ventre du lecteur. Et pourtant on va rire, de
bout en bout, emmenés par l’énergie
de cette alliance inattendue qui fait le sel des
livres de Philippe Jaenada sans jamais verser dans
le malséant.
Il
y a chez lui une manière de mêler
la poésie, la tendresse, l’incongru
et le gag qui évoque Jacques Tati ou Pierre étaix,
ou encore le Goscinny du Petit Nicolas. Il y a chez
son héros ce fatalisme bonhomme à toute épreuve,
malgré les expériences passées.
Et nimbant le tout il y a cette légèreté qui
est la politesse de l’auteur, sa pudeur aussi
peut-être, paradoxale pour qui écrit
des romans autobiographiques. Reste un mystère
: pourquoi a-t-il choisi de nommer Voltaire ce narrateur
qui semble si peu libre ? Peut-être pour souligner
son côté philosophe. Ou bien sa propension à déclencher
la catastrophe, tout du moins à croire que
c’est lui qui la provoque, et que quoi qu’il
arrive, qu’on soit laid à Nanterre ou
tombé par terre, c’est la faute à Voltaire.
Sabine
Audrerie