Ça commence par un dîner
de cons (ou un dîner à la con (c'est
comme on veut)) chez des mondains archi-blasés.
Ça tombait bien, Philippe Jaenada (rendu au
célibat à presque quarante ans grâce
à la magie du roman) et son sac marine n'avaient
rien à se mettre sous la dent ce soir-là.
Les convives se chauffent aux apéritifs (on
attendra jusqu'à pas d'heure Patrick Eudeline
empêché par un paquet d'emmerdements
favorisé par son allure d'un autre monde),
car dans ce genre de dîner, on doit se mesurer
physiquement avant de passer à table, on éprouve
la résistance de chacun lors de joutes, par
exemple la "cuisse de fer" et/ou le "duel
de baffes", distinguées gauloiseries que
n'aurait pas boudées celui qui, jadis, brisa
le vase de Soissons (ah, l'humour mérovingien
!). Philippe Jaenada (qui n'est pas couard, ça
non !) descend du ring battu mais digne. Et puis vient
le repas, plombé par Paul Muratti (le maître
de maison, souvent ivre) qui étale l'histoire
de Céline, sa fille, obsédée
sexuelle dès sa première minute de puberté,
qui devient vite incontrôlable et brûle
à présent son restant de vie de pute
malade du sida dans une pipe de crack. De quoi vous
filer la panique ! Sauf à notre Philippe Jaenada
national qui a trouvé une fleur sur ce tas
de fumier : Céline est sûrement la fille
qui lui ôta son pucelage l'été
de ses seize ans. Tout concorde. Il garde évidemment
cela pour lui. Il faut juste qu'il revoie celle qui
mit en route sa libido de compétition. Ce cinquième
roman, c'est du pur Jaenada, j'ose le dire ! Après
tout, il n'y a que lui qui sache raconter ce genre
d'histoire pas possible, avec humour (de vrais morceaux
dedans !), ironie distanciée (trouvez-moi une
seule moquerie, un seul jugement), tendresse et humanité.
Son style d'élégant tchatcheur, de type
qui n'a pas tout vu mais qui sait voir, et qui se
joue des ornières du blabla people. Vie et
mort de la jeune fille blonde est un hymne hilarant
aux premiers ébats, un très bon livre
de Jaenada.
Pascal Thuot, Page
des Libraires (09/04)