Le
nouveau Jaenada vient de paraître. Ô joie
! Ô allégresse ! Ô… mais
il est déjà en poche, ou quoi ? Non,
c’est juste sous ce nouveau format qu’il
paraît chez Grasset. Minus (pas Jaenada, le
livre) et aux marges gigantesques, il faut reconnaître
que la lecture n’est pas aisée. Pas évident
de revenir sans arrêt à la ligne au bout
de quelques mots, ou alors il faut posséder
des globes oculaires rudement musclés. C’est
presque à se demander si ce ne serait pas une
manière habile d’étoffer un roman
un peu court, qui autrement frôlerait péniblement
la cent-cinquantaine de pages.
Mais
trêve de chipotages sur le superflu, passons
plutôt à l’essentiel : l’histoire.
Après Le chameau sauvage (prix de Flore), Nefertiti
dans un champ de canne à sucre, La grande à
bouche molle et l’excellent Le Cosmonaute, voici
le tout dernier roman d’un écrivain prolifique
au style inimitable. Comme dans la plupart de ses
autres bouquins, Jaenada est encore parti d’une
base autobiographique (on y trouve au choix, ou tout
à la fois, sa compagne Anne-Catherine Fath,
ses expériences professionnelles, sa jolie
ville de Veules-les-Roses…), et saupoudre son
récit d’une bonne dose de délires
et d’inventions. Avec toujours ses quatre millions
de parenthèses dans chaque phrase, tic qui
en agacera certains autant qu’il en séduira
d’autres.
L’histoire
commence fort. Un quadra désabusé est
reçu à dîner chez un vieux couple
d’amis. En guise d’apéritif, le
couple sert à ses invités un concours
de « cuisse de fer », et, comme si ce
n’était pas suffisant, leur propose ensuite
de continuer les réjouissances en jouant à
un « duel de baffes ». Le premier qui
pleure a perdu. Classique. On s’amuse bien,
chez les Muratti. Ensuite, heureusement, on passe
à table. C’est que les torgnoles, même
pour rigoler, ça finit par ouvrir l’appétit.
Lequel est immédiatement refermé par
le récit du maître des lieux qui, submergé
par une brusque vague d’émotion, se met
à confier à un auditoire embarrassé
l’histoire de sa fille unique, Céline,
37 ans, droguée, prostituée, et séropositive.
On a beau avoir l’oreille compatissante, ça
casse quand même un peu l’ambiance. Sauf
pour une personne, le narrateur, qui croit reconnaître
en certains détails la fille qu’il a
connue jadis, lorsqu’il avait seize ans, et
qui lui a offert sa « première fois »
dans un champ, par un bel après-midi d’été.
Nostalgique, il se met en tête de la retrouver.
Pas par amour, mais en quête de sa jeunesse
perdue, dont il croit pouvoir retrouver des bribes
dans les yeux de Céline. La suite est comme
d’habitude, pleine d’émotion, de
suspense et aussi d’humour.
Avec
son dernier roman, Philippe Jaenada nous régale
à nouveau de l’une de ses histoires au
ton décalé, cynique, poétique
et un peu timbré, aussi. A ne pas manquer.
©
Agnès Abécassis, Parutions.com, 06/098/04