Tout
commence comme ça...
"Un
jour, ce n'est rien mais je le raconte tout de même, un
jour d'hiver je me suis mis en tête de réparer
le radiateur de ma salle de bains, un appareil à résistances
fixé au-dessus de la porte. Il faisait froid et le radiateur
ne fonctionnait plus (ces précisions peuvent paraître
superflues : en effet, si le radiateur avait parfaitement fonctionné,
un jour de grande chaleur, je ne me serais pas mis en tête
de le réparer - je souligne simplement pour que l'on
comprenne bien que ce premier dérapage vers le gouffre
épouvantable n'était pas un effet de ma propre
volonté, mais de celle, plus vague et pernicieuse, d'éléments
extérieurs comme le climat parisien ou l'électroménager
moderne : je ne suis pour rien dans le déclenchement
de ce cauchemar). Dans le domaine de la réparation électrique,
et d'ailleurs de la réparation en général,
j'étais tout juste de capable de remettre une prise débranchée
dans les trous. Pas de prise à ce radiateur, évidemment.
Mais je ne sais pas ce qui m'est passé sous le crâne
ce jour-là, je me suis cru l'un de ces magiciens de la
vie pour qui tout est facile (il faut dire que jamais encore
je n'avais été confronté à de réels
obstacles, ni dettes faramineuses, ni chagrins d'amour, ni maladies
graves, ni problèmes d'honneur avec la pègre,
ni pannes de radiateurs, rien, peut-être un ongle cassé
- alors naturellement, j'étais naïf.)"
Ainsi
parle Halvard Sanz, le narrateur du Chameau sauvage.
On l'aura compris, il n'est pas très chanceux. Alors,
quand son chemin croise celui de Pollux Lesiak, "la plus
belle fille de la planète" et qu'il en tombe instantanément
amoureux, rien ne se déroule de façon ordinaire.
Elle disparaît presque instantanément et Halvard
n'a plus qu'une idée en tête : la retrouver, coûte
que coûte. Cette quête tourne à l'obsession.
Car des Pollux Lesiak plus vraies que nature, il en voit partout...
Le style de Jaenada transforme cette quête en une hilarante
course contre la montre, absurde et rocambolesque, où
les événements s'enchaînent comme autant
de coups de théâtre. Rien ne semble pouvoir arrêter
Halvard, paumé magnifique, éternel rêveur,
qui en profite pour prodiguer quelques savants conseils au lecteur
: "Ne savourez jamais rien par avance", "Ne réfléchissez
pas trop, c'est décevant", "Ne buvez jamais
seul", "Ne cherchez pas à vous venger, ça
ne donne rien"... Avec ce premier roman, Philippe Jaenada
s'inscrit d'emblée comme un écrivain décalé
et profondément drôle, maniant le cynisme et la
dérision de façon parfaite. Après Michel
Houellebecq et Vincent Ravalec, Philippe Jaenada a reçu
le prix de Flore en 1997 pour Le Chameau sauvage. Mais au fait,
pourquoi Le chameau sauvage ? "Personne ne peut rien contre
le chameau sauvage" affirme Halvard après avoir
visionné un documentaire animalier. Pour le reste, il
suffit de se plonger dans le roman.
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