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Tout
commence comme ça...
"–
Sortez, Monsieur !
Moi ? Que je sorte, moi ? Oui, ça ne peut être
que moi : il n'y a pas d'autres hommes dans la pièce.
Hormis l'accoucheur. Le type en sueur. Mais c'est lui qui a
crié. Et c'était en me regardant (d'un air affolé
et méchant). Il a sorti sa tête d'entre les jambes
de Pimprenelle, sa grande pince de ferraille à la main,
les yeux exorbités, a tendu le cou vers moi comme une
tortue prise de panique (j'ai eu l'impression que ce cou tremblotant
s'allongeait démesurément pour monter vers moi,
ses épaules restant coincées entre les cuisses
fines et pâles de ma belle fiancée souffrante -
ce cou a littéralement propulsé sa tête
jusqu'à la mienne, ahurie), et a crié :
– Sortez, Monsieur ! Ça risque d'être insupportable
pour vous.
Comment ça, insupportable ? Mais non. La femme que j'aime
accouche, j'ai réussi par je ne sais quel miracle à
faire un enfant à la femme que j'aimais et que j'aime,
nous avons vécu les neuf mois de grossesse ensemble,
sans nous quitter une heure, nous sommes même allés
nous enfermer à Veules-les-Roses pour mieux profiter
de l'attente, c'était long, c'était troublant,
c'était beau (c'était chiant mais c'était
beau), notre enfant va voir le jour d'une minute à l'autre,
il est là, notre premier enfant, notre seul enfant, Oscar,
j'attends ça depuis neuf mois, le ventre qui gonfle,
l'enfant qui va sortir, c'est sûr, c'est maintenant, la
pression ne peut augmenter davantage, Pimprenelle est en salle
de travail depuis douze heures, foudroyée de l'intérieur
toutes les cinq minutes par des contractions de plus en plus
violentes, qu'est-ce que je dis cinq minutes, on ne compte même
plus, alors c'est maintenant ou jamais, il va naître,
c'est sûr, cinq, quatre, trois, deux, un et tout à
coup ce rustre en sueur qui veut que je sorte ? Pourquoi moi
?"
Pimprenelle
est sur le point d'accoucher. Hector, son mari, n'a qu'un souhait
: assister à cet accouchement, après avoir accompagné
sa femme durant neuf mois. Il s'est y préparé
très consciencieusement, s'est acheté un livre
sur la maternité (sa "bible") et, jour après
jour, suit l'évolution de la grossesse de celle qu'il
aime. L'enfant s'appellera Oscar. Le lecteur accompagne le narrateur
durant cette longue aventure humaine, avec ce qu'elle comporte
de drôlerie, d'angoisse et d'incertitudes. On retrouve
toute l'appréhension vécue de l'intérieur
par le jeune père stressé, parfois dépassé
par les événements, souvent fataliste et toujours
attentionné. À priori tout semble idyllique et
parfait. Mais Pimprenelle, après la naissance d'Oscar,
va se transformer en névrosée obsessionnelle et
jalouse, modifiant du tout au tout la vie de ce couple que chacun
envie.
Avec ce quatrième ouvrage, Philippe Jaenada confirme
de belle manière qu'il n'a rien perdu de son talent.
Plus sombre et plus tragique que ses précédents
romans, Le Cosmonaute embarque le lecteur dans ce que le quotidien
peut produire de plus sordide et de plus triste. Le regard lucide
de cet homme éperdu d'amour pour une femme qui, jour
après jour, détruit ce qu'ils ont mis si longtemps
à construire, est poignant et étonnamment réaliste.
Peu à peu, Hector perd pied et finit par se demander
si son amour pour sa femme et son fils sont plus précieux
que le confort de son quotidien...
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