|
Quand j’étais
petit, comme tous les petits, j’aimais les cosmonautes.
C’est bizarre, à propos, que l’une des premières
choses que l’on rêve de faire en arrivant sur terre
soit de s’échapper pour aller voir ailleurs. Bref,
aujourd’hui, pour être honnête, je me fous
un peu des cosmonautes, je n’ai pas la moindre envie d’aller
voir ailleurs, au contraire. Mais le mot et l’image qu’il
évoque ont conservé pour moi leur pouvoir rassurant
(le gros casque rond, la combinaison argentée, magique,
sûre) et excitant (le terme est surtout employé
pour les voyageurs de l’espace russes : c’est vraiment
l’aventure téméraire) : quand j’entends
« cosmonaute », je suis presque euphorique, je me
sens en confiance – et ça fait du bien, de se sentir
en confiance, c’est pas du luxe. J’aime me voir
en cosmonaute. Pour explorer la Terre, même sur quelques
kilomètres carrés, et survivre sans trop de peine
sur cette planète bien plus trouble et dangereuse que
la Lune ou Mars (car elle est bourrée de monde et de
périls, à l’inverse de ses voisines), un
casque et une combinaison argentée seraient les bienvenus.
C’est aussi ce que pense Hector, le personnage de mon
livre. Il est en mauvaise posture, le malheureux, il panique.
Pourtant, il ne se débrouillait pas trop mal dans la
société sauvage, lorsqu’il était
jeune célibataire en voie d’endurcissement, réclamé
de toutes parts. Mais une belle créature tombée
de la Lune (ou de Mars), Pimprenelle, sorte de folle amoureuse
et névropathe, est venue dans son univers prendre la
place de tout le monde, et de tous les périls. Après
une approche habile et spectaculaire qui l’enivre, elle
lui fait un enfant, puis tranche tout ce qui le rattachait à
l’extérieur, l’enferme dans un appartement
et le transforme en légume (mais un légume pensant,
ce qui est rare et terrible). Pauvre Hector. Un jour, sans s’en
rendre vraiment compte, il va s’habiller en cosmonaute,
avec un casque rond et une combinaison argentée (pas
un vrai cosmonaute, attention, ce n’est pas un livre de
science-fiction). Comme quand il était petit, après
tout. (Le hic, avec ce truc de combinaison de cosmonaute, c’est
que si ça protège, ça isole aussi : regarder
à travers une vitre, disons, ça évite d’en
prendre plein la tête si jamais ça éclabousse,
mais ça empêche aussi d’aller toucher.) Un
Russe dans l’espace, à côté d’Hector,
c’est de la petite bière.
Ce n’est pas un livre de science-fiction, donc, mais ce
n’est pas non plus, comme on pourrait le croire, un thriller
passionnel à la Stephen King, avec cinglée tortionnaire,
ricanements malsains, instruments de dentiste, ici personne
ne t’entendra crier. C’est juste une histoire d’amour
(douloureuse, cela dit), avec rencontre miraculeuse, émoi,
perte de contrôle, grossesse, enfant (très beau),
déménagement, vie de couple, aspirateur, cauchemar,
pigeons, chevaux, huîtres, détresse, combat, hurlements,
cosmonaute. J’espère que ça vous plaira.
Philippe
Jaenada
|