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Le Cosmonaute :
Au lecteur

Éditions Grasset, 2002

Le Livre de Poche n°30061, 2004.

 

 

 

Quand j’étais petit, comme tous les petits, j’aimais les cosmonautes. C’est bizarre, à propos, que l’une des premières choses que l’on rêve de faire en arrivant sur terre soit de s’échapper pour aller voir ailleurs. Bref, aujourd’hui, pour être honnête, je me fous un peu des cosmonautes, je n’ai pas la moindre envie d’aller voir ailleurs, au contraire. Mais le mot et l’image qu’il évoque ont conservé pour moi leur pouvoir rassurant (le gros casque rond, la combinaison argentée, magique, sûre) et excitant (le terme est surtout employé pour les voyageurs de l’espace russes : c’est vraiment l’aventure téméraire) : quand j’entends « cosmonaute », je suis presque euphorique, je me sens en confiance – et ça fait du bien, de se sentir en confiance, c’est pas du luxe. J’aime me voir en cosmonaute. Pour explorer la Terre, même sur quelques kilomètres carrés, et survivre sans trop de peine sur cette planète bien plus trouble et dangereuse que la Lune ou Mars (car elle est bourrée de monde et de périls, à l’inverse de ses voisines), un casque et une combinaison argentée seraient les bienvenus.
C’est aussi ce que pense Hector, le personnage de mon livre. Il est en mauvaise posture, le malheureux, il panique. Pourtant, il ne se débrouillait pas trop mal dans la société sauvage, lorsqu’il était jeune célibataire en voie d’endurcissement, réclamé de toutes parts. Mais une belle créature tombée de la Lune (ou de Mars), Pimprenelle, sorte de folle amoureuse et névropathe, est venue dans son univers prendre la place de tout le monde, et de tous les périls. Après une approche habile et spectaculaire qui l’enivre, elle lui fait un enfant, puis tranche tout ce qui le rattachait à l’extérieur, l’enferme dans un appartement et le transforme en légume (mais un légume pensant, ce qui est rare et terrible). Pauvre Hector. Un jour, sans s’en rendre vraiment compte, il va s’habiller en cosmonaute, avec un casque rond et une combinaison argentée (pas un vrai cosmonaute, attention, ce n’est pas un livre de science-fiction). Comme quand il était petit, après tout. (Le hic, avec ce truc de combinaison de cosmonaute, c’est que si ça protège, ça isole aussi : regarder à travers une vitre, disons, ça évite d’en prendre plein la tête si jamais ça éclabousse, mais ça empêche aussi d’aller toucher.) Un Russe dans l’espace, à côté d’Hector, c’est de la petite bière.
Ce n’est pas un livre de science-fiction, donc, mais ce n’est pas non plus, comme on pourrait le croire, un thriller passionnel à la Stephen King, avec cinglée tortionnaire, ricanements malsains, instruments de dentiste, ici personne ne t’entendra crier. C’est juste une histoire d’amour (douloureuse, cela dit), avec rencontre miraculeuse, émoi, perte de contrôle, grossesse, enfant (très beau), déménagement, vie de couple, aspirateur, cauchemar, pigeons, chevaux, huîtres, détresse, combat, hurlements, cosmonaute. J’espère que ça vous plaira.

Philippe Jaenada