Tout
commence comme ça...
"
– J'aime
baiser le matin, ça me tue. Tu te réveilles, tu
baises, t'es morte. J'adore ça.
Effectivement, elle n'a pas l'air bien vivante. Il est midi
ou une heure, nous sommes réveillés depuis peu
de temps, elle est allongée nue par terre sur le dos,
une flaque de sang entre les jambes, de la mélasse rose
qui coule de la chatte, le visage en sueur et les cheveux qui
dégoulinent sur le parquet. Elle est moche ou elle est
belle, je n'en sais rien. Belle, je dirais.
– Pendant quatre heures ensuite je suis dans le gaz, je
ne vois rien, je n'entends rien, je n'arrive pas à marcher,
à parler, rien, j'ai mal au ventre, aux jambes, partout.
C'est bien.
Plus
tard dans l'après-midi, elle a repris des forces et ça
se voit. Elle nage comme une sauvage aquatique dans l'océan
sous la pluie, vêtue du maillot de bain troué de
son grand-père (celui qu'elle a tué – je
raconterai ça plus tard). Un maillot de bain de tissu
noir, trop grand pour elle et usé jusqu'à la décomposition,
avec un petit sigle orange clair sur la poitrine. Moi je suis
assis comme un lourdaud sur cette immense plage sale de Coney
Island et je mange un hot dog dégueulasse (très
orange) en regardant mes chaussures de caoutchouc rouges s'enfoncer
lentement dans le sable humide."
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