Tout
commence comme ça...
"Un
dimanche soir de l'année dernière, au début
de l'automne, mes amis Muratti ont organisé un grand
dîner dans leur maison du XIVe arrondissement, à
Paris. Mon sac matelot à l'épaule, je marchais
dans l'impasse obscure qui conduisait chez eux. Ils organisaient
de petits dîners tous les soirs de la semaine, et de grands
dîners cinq ou six fois par mois, lorsqu'ils se sentaient
vraiment seuls, perdus sur la terre qui tourne (souvent le dimanche
soir, mais parfois aussi le lundi, ou le jeudi, car la terre
tourne tout le temps).
J'en avais marre, de ces dîners, c'était toujours
à peu près pareil. Même dans la violence,
le désordre et l'imprévu, c'était toujours
à peu près pareil. J'y allais surtout parce que
je n'avais rien d'autre à faire, parce que j'étais
trop faible pour refuser, je voulais leur plaire, et parce que
ces soirées me donnaient l'impression (fausse) de vivre
des choses étranges - j'avais besoin de repères
et d'appuis, sur cette terre qui tourne. Mais au fond, je m'ennuyais
(chez eux comme ailleurs). Pourtant, ce soir-là, le ciel
allait me tomber sur la tête, et me rentrer dans le corps."
Célibataire
endurci, bientôt quadragénaire, le narrateur trompe
l'ennui d'une existence creuse entre belotes de comptoir, plateaux
télé, aventures sans lendemain, et dîners
parisiens sans intérêts autres que de donner "l'impression
(fausse) de vivre des choses étranges".
Pourtant ce soir-là, chez Alice et Paul Muratti, après
quelques whiskys et le traditionnel duel de baffes organisé
par les hôtes pour mettre leurs convives en appétit,
quand le maître de maison évoque le destin de Céline,
sa fille, adolescente incontrôlable, bientôt toxicomane,
le narrateur, brutalement projeté 25 ans en arrière,
se souvient : à Carcans-Maubuisson, par une après-midi
ensoleillée, c'est Céline Muratti, il en est sûr,
qui lui a fait découvrir, gentille et dépravée,
les joies et les misères du sexe...
Le narrateur part alors à la recherche de cette fille,
jadis singulière Lolita de 13 ans, aujourd'hui droguée,
prostituée, malade peut-être, épave misérable.
Quête nostalgique mais aussi coupable de celui qui croit
pouvoir retrouver, en même temps que le souvenir lumineux
de sa jeunesse, un sens à sa vie...
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