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COURSE(S)

Je me demande souvent pourquoi les courses me rendent fou (c'est un peu idiot de se le demander, mais ce n'est pas la seule chose idiote que je fais dans la vie). Pourquoi, quand je suis sur un champ de courses, plus rien d'autre n'existe, ni doutes, ni vanité, ni trouille pour mes livres, ni combat pathétique contre ma femme, ni petits enfants rwandais, ni impôts impossibles, ni culottes blanches au printemps, ni dents de mon fils ? J'aime les chevaux, bon. Mais j'aime aussi les ours et les hamsters, or ni les ours ni les hamsters ne m'ont jamais fasciné au point de me faire perdre la tête (encore heureux). J'aime le jeu. Bon. J'aime la roulette, les cartes, mais je n'y pense pas sans arrêt, je ne cours pas les casinos ni les tripots – quand j'atterris par hasard dans un casino, je joue (et ça ne rate pas, je perds la tête), mais juste parce que je suis là. Les courses, j'y pense, je les cherche. Je les attends, je les traque, je m'y plonge, je m'y noie (gaiement). Parce que les courses de chevaux, et les paris qui vont avec, l'espoir, les énigmes à résoudre, l'expérience, les calculs, la chance et la malchance, les couleurs des casaques, les muscles luisants, l'euphorie, le risque, la désillusion, l'attente du lendemain, constituent une petite maquette parfaite de l'existence humaine ? Sans doute. C'est sûr, même. Mais à 8 ans, quand ma mère m'a emmené pour la première fois à l'hippodrome d'Evry, histoire de me faire prendre l'air, et que j'ai eu l'impression d'entrer dans le cercle secret du paradis terrestre, ou à 12 ans, quand je passais des matinées entières allongé sur la moquette bleue de ma chambre à faire le papier du tiercé (dans Spécial Dernière ou Tiercé Panorama), je me foutais bien des métaphores – et de l'existence humaine. Alors quoi ? Pourquoi ? Le mieux, je crois, c'est de constater humblement que je n'en sais rien. Les hamsters, la roulette, les énigmes à résoudre et le paradis terrestre, c'est de la pirouette scolaire. Mon plaisir aux courses, c'est de la vie mystérieuse. Tout ce que je sais, c'est que quand j'entends "Longchamp", je tremble.

© Philippe Jaenada